Technique ·
Grenat spessartite : propriétés, origines et valeur
Le grenat qui est orange par nature plutôt que par accident. Le manganèse le colore, le fer le rougit, et rien au monde ne le traite.
La plupart des gemmes sont colorées par accident : une trace de chrome ou de fer égarée dans un réseau bâti de tout autre chose. La spessartite, elle, est colorée à dessein. C’est le grenat du manganèse, Mn3Al2(SiO4)3, et le manganèse n’est pas un hôte de passage dans la structure mais l’un des éléments dont la structure est faite : l’orange est donc intrinsèque et chaque cristal le porte. Ce qui varie, c’est la quantité de fer venue avec lui pour rougir et brunir la couleur, et tout le marché de la pierre est le marché des cristaux qui ont tenu le fer à l’écart.
Fiche technique
| Espèce | Grenat spessartine (orthographe commerciale : spessartite) |
|---|---|
| Formule | Mn3Al2(SiO4)3 |
| Système cristallin | Cubique |
| Dureté | 7 – 7,5 |
| Indice de réfraction | 1,790 – 1,814 ; monoréfringent |
| Biréfringence | Aucune |
| Densité | 4,12 – 4,20 |
| Pléochroïsme | Aucun |
| Clivage | Aucun ; bonne ténacité |
| Cause de la couleur | Mn2+, élément essentiel : l’orange est donc idiochromatique ; le fer ajoute du rouge et du brun |
| Sources principales | Namibie (rivière Kunene, le gisement mandarine, 1991), Nigeria (Iseyin, 1999), Tanzanie (Loliondo, 2007), Mozambique, Sri Lanka, Madagascar, Brésil, États-Unis (Californie), Allemagne (Spessart, la localité type) |
| Traitements courants | Aucun |
| Entretien | Ultrasons et vapeur sans risque ; supporte bien le port |
Ce que c’est
Un membre du groupe des grenats, cristallisant dans le système cubique en dodécaèdres et en trapézoèdres comme ses parents. Dureté 7 à 7,5, aucun clivage, bonne ténacité. Indice de réfraction élevé pour un grenat, de 1,790 à 1,814, et densité de 4,12 à 4,20, l’un et l’autre s’élevant avec la teneur en manganèse et l’un et l’autre utiles au gemmologue qui la sépare du grossulaire orange appelé hessonite, plus bas sur les deux échelles. Monoréfringente, sans biréfringence ni pléochroïsme, si bien que la couleur se lit de la même façon sous tous les angles. Le nom minéralogique est spessartine, d’après les collines du Spessart en Bavière où elle a été décrite pour la première fois ; le négoce l’écrit spessartite depuis un siècle et n’est pas près de s’arrêter. La spessartine pure est rare ; la plupart des pierres se placent quelque part sur la série de solution solide vers l’almandin et le pyrope, prenant du fer et du magnésium dans la structure, et leur couleur avec eux.
D’où vient la couleur
Du manganèse, Mn2+, qui absorbe dans le bleu et le violet et transmet l’orange. Parce que le manganèse est essentiel plutôt qu’à l’état de trace, la couleur ne peut pas être absente et ne peut pas être induite ; et ce qu’un traitement ne peut pas ajouter, il ne peut pas non plus le retirer, ce qui explique qu’on ne fasse rien à cette pierre. Le fer, Fe2+ venu de la composante almandin, absorbe plus loin dans le visible et pousse l’orange vers le rouge puis vers le brun ; une spessartite riche en fer est une pierre brun rougeâtre sans grande conséquence, et une pierre qui n’en contient presque pas donne l’orange pur que le négoce appelle mandarine. Il n’y a pas de fluorescence, parce que le fer et le manganèse ensemble l’éteignent, et pas de néon. Ce qu’une belle spessartite possède, c’est une couleur d’une pureté inhabituelle portée par un indice de réfraction assez élevé pour la rendre avec un vrai brillant.
D’où elle vient
C’est la Namibie qui a fait le marché moderne. En 1991, un gisement de la rivière Kunene, à la frontière angolaise, a produit de petites pierres d’un orange pur et saturé que le négoce n’avait pas vu, et le nom mandarine a été forgé pour elles. Le Nigeria a suivi en 1999 avec une matière plus grande venue de la région d’Iseyin, dans l’État d’Oyo, dans des couleurs allant du mandarine à l’orange rougeâtre. La découverte tanzanienne de Loliondo, en 2007, près de la frontière kényane, a livré des cristaux propres d’une taille qu’on ne croyait pas l’espèce capable d’atteindre et a redéfini les attentes. Le Mozambique, le Sri Lanka, Madagascar et le Brésil fournissent la matière commerciale ; les mines Little Three et Ramona, en Californie, ont produit historiquement de belles pierres. L’origine porte peu de prime au-delà du nom mandarine, et un laboratoire a rarement besoin de l’énoncer.
Comment on la juge
La couleur d’abord, et l’axe qui compte le plus est la teinte : un orange pur, sans le rouge qu’apporte le fer et sans le brun qu’apporte un excès de fer. Puis la saturation, généreuse d’ordinaire dans cette pierre, et le ton, où le moyen est prisé parce qu’une spessartite sombre vire brunâtre sous une lumière faible. Les trois axes s’appliquent, la teinte en tête d’une manière qui n’a pas cours pour la plupart des pierres. Puis la pureté, parce que la spessartite est fréquemment incluse de fines aiguilles, d’inclusions fluides et d’une texture interne ondulée, et qu’une pierre propre est récompensée. Puis la taille, qui doit exploiter l’indice de réfraction élevé plutôt que le dissimuler dans un ventre profond. Puis les dimensions, où les pierres propres et saturées de plus de cinq carats sont rares dans la matière namibienne et nigériane, et l’étaient partout jusqu’à Loliondo.
Les traitements, et ce qu’il faut exiger sur le papier
Aucun. La spessartite n’est ni chauffée, ni diffusée, ni irradiée, ni remplie dans la pratique commerciale, parce que la couleur est bâtie dans le minéral et qu’aucun procédé connu du négoce ne l’améliore. Le papier n’a donc qu’une tâche : l’identité, et la séparation d’avec le grenat hessonite, le saphir orange, la tourmaline orange et le verre, tous vendus sous son nom dans les villes de marché. Un rapport d’une maison sérieuse pour une grande pierre confirme l’espèce et l’absence de traitement, et laisse à l’acheteur l’achat le plus simple du négoce.
Le marché
Modeste et honnête. La spessartite commerciale, dans les orangés rougeâtres et brunâtres, se cote comme une matière de haute joaillerie. Le grenat mandarine de couleur pure, propre, dans la fourchette de deux à cinq carats, se cote bien au-dessus et a tenu sa valeur depuis la découverte namibienne. Les grandes pierres propres de Loliondo sont le sommet du marché et se négocient comme des objets individuels. Il n’y a ni livre de records en vente publique, ni appellation, et la liquidité est mince ; les acheteurs sont des collectionneurs, et la réputation de la pierre repose sur la seule couleur. Dans la famille des grenats, seules la tsavorite et le démantoïde se cotent plus haut.
Entretien
Une dureté de 7 à 7,5, l’absence de clivage et l’absence de traitement font de la spessartite une pierre qui ne demande rien : ultrasons, vapeur, port quotidien et chalumeau du joaillier lui sont tous sans danger. Les pierres très incluses méritent la même prudence que toute pierre incluse sous les ultrasons. La couleur est stable à la lumière comme à la chaleur.
Ma position
La spessartite n’est pas une pierre que je détiens, mais c’est une pierre que je recommande à un client qui veut un orange et à qui l’on a montré une opale de feu ou un saphir chauffé. Le grenat mandarine à pleine saturation est l’orange le plus pur du négoce, non traité par nature, et coté comme un grenat. L’examen est court : la teinte à la lumière du jour contre une pierre étalon, puis la loupe pour les inclusions, puis un rapport d’identité sur toute pierre de dimensions. C’est l’une des rares pierres où la théorie et l’achat ont la même longueur.
Les questions des collectionneurs
Qu’est-ce que le grenat mandarine ?
Un nom commercial désignant la spessartite d’un orange pur et saturé, pauvre en fer, forgé pour les pierres trouvées sur la rivière Kunene en Namibie en 1991 et appliqué depuis à la matière comparable du Nigeria et de Tanzanie. Ce n’est pas une espèce distincte ; c’est le sommet de la gamme de couleurs de la spessartite.
Le grenat spessartite est-il traité ?
Non. Il n’existe ni traitement thermique, ni diffusion, ni remplissage en usage commercial, parce que rien n’améliore la couleur. L’orange est intrinsèque au minéral, produit par le manganèse sur lequel la structure est bâtie, et la pierre se vend exactement telle que le sol l’a faite.
Qu’est-ce qui fait la valeur d’une spessartite ?
Un orange pur sans brun, de ton moyen et à pleine saturation, dans une pierre propre et de dimensions. Le fer pousse la couleur vers le rouge et le brun, et les pierres très incluses sont fréquentes : une matière propre et saturée de plus de cinq carats commande donc une vraie prime. La découverte de Loliondo en 2007 a livré des pierres propres d’une taille inhabituelle et redéfini les attentes.